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  • : Les lectures de Mélusine.
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  • : Bonjour et bienvenue chez moi :-). Vous trouverez ici mes modestes critiques littéraires composées au fil de mes lectures. Le monde de la littérature est si vaste que le partager me semblait très intéressant. Bonne lecture à tous...
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Cléo et Sam de Helen BROWN

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 09:50

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi

 

Auteur : Mathias MALZIEU

Genre : Roman
Éditions : J'ai lu
Date : 2006
Nombre de pages : 151

ISBN : 978-2290350386

 

Quatrième de couverture :

 

Mathias, la trentaine, vient de perdre sa mère. Expérience douloureuse qu'il parvient à surmonter grâce à sa rencontre avec un géant sur le parking de l'hôpital. Le colosse lui apprend à vivre malgré cette disparition et l'invite à un voyage fantastique au pays des morts. Ce premier roman initiatique, évasion dans l'imaginaire, raconte le nécessaire passage d'un monde enfantin et fantastique à la dure réalité de l'univers sans pitié des adultes.


Mes impressions :


Sincèrement ce livre m'a profondément touchée. J'ai été attirée en premier lieu par le titre qui suggère le contenu de façon lyrique et qui contraste pourtant avec le côté dramatique de la mort.
Ce livre est un adieu poétique, d'un fils de 30 ans à sa mère décédée.
Il y a d'abord l'annonce de la mort après la maladie puis le manque, suit le vide et la douleur.
Et donc la perte de repère....

Le roman commence ainsi :

« Est-ce qu'il ne fait pas trop froid là-bas, est-ce que tu sais que les fleurs sur le toit de toi, est-ce que tu sais pour l'arbre que l'on va devoir couper, est-ce que tu sais pour le vent qui agite les volets de la cuisine et secoue ton ombre sur le carrelage ? »

Ce fils parle à sa mère et de sa mère, sa maladie, sa mort, sa famille et le travail de deuil.
Il m'a aidée personnellement. Ayant vécu la perte de ma sœur qui était encore très jeune et n'ayant pas encore totalement accepté la douleur de ne plus la voir vivre, je ressors bouleversée de cette lecture même si perdre une mère ou une sœur n'est pas la même chose parce que les rapports fraternels et maternels ne sont pas similaires. Ce qui est est similaire sont le vide, le manque, la peine, le désarroi, la souffrance et le fait que jamais plus nous les reverrons sourire, rire, vivre.
Je n'ai jamais saisi cette expression « faire son deuil » mais je crois sincèrement que le temps même s'il n'efface pas les souvenirs, aide à surmonter l'absence.
Mathias dit « Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ? "

Mathias perd sa mère, son repère, son ancre, le pilier de la famille. Alors comment continuer de vivre avec ces douleurs et sans la présence corporelle de la personne ?

Il rencontre alors sur le parking de l'hôpital, Giant Jack, 4,50 mètres, " docteur en ombrologie ", il soigne les gens atteints de deuil.
Mathias est âgée de 30 ans mais il est est encore un enfant, pourtant il va devoir faire face pour continuer sa propre vie, seulement il n'arrive pas à concilier avec l'absence et le vide que la mort de sa maman lui laisse ;Tel un enfant il s'invente donc cet être imaginaire sensé, qui s’apparente à un arbre géant. Il s'accroche à ses branches pour ne pas tomber. Cet ami imaginaire de 4m50 parle il lui donne une ombre, des livres ; il va lui apprendre à affronter le manque, ses peurs, ses douleurs et cette épreuve va finir par le faire grandir.
Mathias se confie à cet arbre...Tout au long du livre il va s'éveiller à la parole, dire les choses, exprimer ses émotions. Il ironise et parodie même ce géant et se moque de sa fonction « Mais oui ! Tu es vivant, tu es donc une machine à rêves en état de marche. Tu dois seulement continuer à actionner le mécanisme ! La preuve qu'elle est pas foutue ta machine à rêve ; c'est que tu as un grand con de géant qui est venu te filer un morceau d'ombre et bouffer des pommes de pin dans ton jardin, hé ! »

Au début j'ai été surprise par le style confus mais je me suis rendue compte que finalement il reflète le chaos dans lequel nous sommes suite à un décès d'une personne aimée.
Le jeune homme est dans un état proche de la torpeur, il voit sa mère partout dans chaque objet, chaque coin et recoin. Il ne vit qu'à travers elle dans un état second et c'est cela qu'il décrit à la perfection.
Entre l'imaginaire, le fantastique, le réel il pose des mots sur ses maux. Les nombreuses métaphores poétiques nous parlent au plus profond de nous-mêmes
Il matérialise les peurs, les angoisses, la crainte de l'oubli. Il parle de désespoir mais l'espérance sera au bout du chemin ; le vide se remplit peu à peu et laisse place à un avenir, grâce au géant qui donne des messages d'espoir« Et alors ? Je suis peut-être un vieux con de géant seul, mais mon ombre me permet de voyager incognito et mes grandes jambes de partir loin. Mes souvenirs et mes rêves m'aident aussi »

L'arbre va même raconter une anecdote à Mathias, il confie au jeune homme, l' amour qu'il a éprouvé jadis pour une jeune fille laquelle ne sait pas ce qu'elle est devenue : « Elle n'est jamais revenue, alors je l'ai reconstitué à partir des merveilleux souvenirs qu'elle m'a laissés et des graines de rêves qu'elle a semées un peu partout en moi avant son départ . J'ai pétri un bout d'ombre à son image, comme Gepetto avec Pinocchio, mais en version amoureuse. Sauf que je ne suis jamais parvenu à lui redonner vraiment vie. Mais elle m'éclaire encore, et parfois elle me brûle pour que je ne l'oublie pas. »

Et oui alléger sa peine et vivre avec elle et se construire des souvenirs sont sans doute ce qu'il apprend.

À force de parler, de se confier au géant un véritable dialogue né et Mathias réalise que« l'écouter me parler d'autre chose que de la mort et du vide, ça m'a fait du bien. Rien n'est plus ennuyeux que quelqu'un qui ne parle que de son boulot. Il sait me distraire, je pense que ça doit faire partie de sa manière de me soigner. »

 

Mathias souffrait tellement de la perte de sa maman qu'il envisageait même de se rendre au pays des morts pour revoir sa mère pour savoir comment elle allait... « Putain ! Je me retrouve au beau milieu du pays des morts sans avoir réussi ne serait-ce qu'à t'apercevoir, et j'ai un peu envie de vomir à cause du vide ».
Apparais ! Dans le ciel blanc sous la forme d'une étoile noire ou juste là, sur mon épaule, viens ! Je suis fatigué que tu sois morte, fatigué de me heurter à ce putain de vide, fatigué... »

 

Il faut alors passer à autre chose tout en continuant de se remémorer des souvenirs ; se souvenir c'est aussi continuer de faire vivre nos disparus tant aimés.

L’auteur décrit avec justesse le passage du deuil, la prise de conscience puis l'acceptation, la renaissance avec l'aide du temps qui passe

Alors, démystifier la mort, voir dans chaque chose du quotidien un peu de la personne qui nous a quitté nous soigne.

Il est nécessaire même si cela n'est pas suffisant de donner un but à la mort et de penser qu'après la mort il y a une vie, quelque chose qui dure au delà et qui s'apparentent aux souvenirs, ou pourquoi pas à une réincarnation.
Penser que la mort n'est pas une fin définitive mais un passage et qu'il y a une vie après la mort.
Attention ce livre n'a aucun caractère religieux, il est seulement une aide précieuse pour les personnes endeuillées qui se sentent ainsi comprises et entendues.

Vers la fin du roman, le géant dira à Mathias « J'ai un peu consolidé ton cœur avec ces histoires d'ombres, je l'ai rééduqué. Mais tu t'es suffisamment frotté à la mort. Tu es même allé jusqu'au pays des morts, ce qui correspond à la dose d'ombre médicale, la plus forte qu'on puisse administrer à un vivant. La plupart en reviennent...morts. Le vaccin coule dans tes veines. Il est grand temps que tu te frottes à nouveau à la vie »

Ce livre est en lui même un hommage mais aussi une thérapie.
Il est le premier roman de cet auteur et il me semble prometteur. Il est sincère, entier.
L'écriture dense est pourtant légère et profonde nous plonge dans un univers singulier, magique.
Mathias va passer cette épreuve accompagné par un personnage hors du commun , il avance vers l'âge adulte.
Ce livre est un soutien et un message d'espoir : la vie continue.


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commentaires

Antoni 11/11/2011 10:03


Salut Mélusine,
rien que le titre de ce livre m'émeut. J'ai eu la tristesse de perdre ma mère à 30 ans, alors l'histoire m'interpelle un peu plus encore. Cela me fait même bizarre d'aborder ce sujet. Je crois que
ce livre va me déranger jusqu'au moment où nos routes se croiseront et que j'aurai la force de tourner ses pages.
Merci pour cette présentation qui en fera réfléchir plus d'un...


Mélusine 11/11/2011 10:50



Bonjour Antoni.


Oui le titre est particulièrement émouvant et bien choisi.
Je suis désolée pour le deuil que tu as vécu très jeune encore.
En lisant ce livre j'ai pensé à mon neveu qui a perdu sa maman alors qu'il avait 9 ans et je garde ce livre dans ma bibliothèque pour peut-être un jour le partager avec lui.
Je pense que ce genre de roman peut aider une personne à faire le deuil, bien que je n'aime pas cette expression alors je dirai plutôt à faire avec l'absence.
Je ne peux que te conseiller ce livre au vu de ton histoire personnelle.



Lystig 06/11/2011 10:14


un livre émouvant


Mélusine 06/11/2011 17:55



Oui tout à fait.



Philippe D 28/10/2011 21:11


En lisant le résumé, ça ne m'attire pas mais en te lisant, toi, je suis tenté...
Bon weekend à toi.


Mélusine 29/10/2011 08:29



Je prends cela comme un compliment.
Bon week-end !



Alex-Mot-à-Mots 28/10/2011 17:26


C'est le premier de l'auteur que j'ai lu et je l'ai trouvé magique. Mais le second est dans la même veine, ce qui perd de son charme.


Mélusine 28/10/2011 17:28



Oui magique et rempli de sensibilité.
Le second est je crois "La mécanique du coeur non ?"
Il est vrai que lorsque les auteurs ne se renouvellent pas, cela peut déranger certains lecteurs.



Laeti (histoires-de-livres) 28/10/2011 10:54


Wahooo ta critique me met vraiment l'eau à la bouche malgré que le thème soit triste. Vu la couverture, on dirait un peu un univers à la Tim Burton, et ça a l'air d'être un peu le cas car un arbre
qui parle, ce n'est pas commun! En tous les cas je l'ajoute à la liste du papa Noel!


Mélusine 28/10/2011 17:31



Oui et la couverture peut-être différente selon l'année d'impression. Sur la mienne il y a un petite fille et un géant, une fleur tout cela dans les tons sombres et j'ai été attirée par celle-ci
aussi.
Je t'aurais bien envoyé le livre mais je souhaite le conserver dans ma bibliothèque car je sens qu'il pourra faire du bien à d'autres personnes de ma famille.