Auteur : Nicolas FARGUES
Genre : Roman contemporain
Éditions : Folio
Date : 2009
Nombre de pages : 320
ISBN : 978-2070440627
Quatrième de couverture :
Pas facile, a 55 ans de se mettre à la littérature. Surtout par un si beau soleil dehors. Et votre fille qui annonce qu'elle amène une copine italienne pour les vacances. Sans compter les voisins d'en face, qui, dès que vous décidez enfin à prendre la plume face à l'océan, voudraient vous faire comprendre que tout ce qu'ils demandent, c'est une vue sur la mer eux aussi.
Mes impressions :
John a 55 ans ; il est un homme blasé ou presque qui n'a autre activité que celle d'avoir envie d'écrire un roman. Il s'y met difficilement car avouons le, il n'est pas trop inspiré Quelques
unes de ses idées serviront de trames au roman et aux grandes idées que veut développer Nicolas FARGUES.
Mary la fille de John qui vit à Paris lui annonce qu'elle va venir lui rendre
visite avec son compagnon Hubert et une récente amie Italienne pour passer des vacances avec lui dans le Cotentin.
John vit dans une villa ; il n'est pas en très bon terme avec le couple que forme ses voisins, Jean bientôt retraité des chantiers navals et Claudine sa femme. Frédéric leur fils, marié à
Élodie, est employé à la SOREDA, une usine de retraitement de déchets nucléaires de la région. D'ailleurs il sera même invité à accompagner des jeunes en difficulté pour un projet de réinsertion.
Il connait Mary avec laquelle il a eu une aventure à l'adolescence.
Tous ont des ambitions très différentes.Ce roman est truffé de malentendus, de quiproquos qui provoquent de l’incommunicabilité entre tous.
Nicolas Fargues nous parle d'espoirs déçus, de petitesse, d'apparences souvent trompeuses, d'amours déçues, de vieillesse, tout cela avec un sens critique aiguisé ; il laisse les lecteurs à
leurs réflexions sur les classes sociales, le chocs des cultures, mais aussi sur les grands thèmes des partis politiques, qui se veulent être opposés mais qui au final se confondent ou
presque.
Il n'hésite pas donc à s'engager sur le terrain politique : il évoque le
racisme, l'intégration, l'environnement.
Nicolas Fargues à mon sens semble vouloir toucher un maximum de personne avec ce livre.
Il y a les Parisiens et les autres, ceux des souches plus modestes ; lesquels sont les plus à plaindre ?
Sans cesse Fargues confrontent nos idées et nos idéaux, pour cela il met en scènes des personnages de souches différentes, avec leurs tics de langages, leurs expressions bien particulières et des
locutions qui reflètent la société elle même. Un langage parler; sans concession.
Il parle de faiblesse, de déception, d'amertume, de mesquinerie mais laisse entrevoir de la tendresse dans ses personnages qui finalement ne savent pas vraiment ce qui leur arrive. Sont-ils
condamnés à ne pas évoluer ?
Les stéréotypes viennent compléter ses idées avec des phrases bien cernées et
riches de sens.
J'ai beaucoup aimé la construction de ce roman. Les premiers chapitres nous décrivent les personnages indépendamment puis ils se retrouvent s'entrechoquent dans des chassés croisés et leurs
histoires personnelles, s'entrecoupent.
L'auteur nous laisse des indices sur la société actuelle, contemporaine et ses
travers aussi bien dans son fonctionnement que dans les personnages.
Notre société est dépeinte avec clairvoyance dans laquelle malheureusement l'apparence y a une grande place.
J'ai adoré le passage sur la description de Facebook entre John et Bénédicte, ancienne amante qui vient le retrouver pour passer un week-end. Bénédicte trouve ce système très intéressant alors
que John le déplore. (voir page 134-135)
Je cite :
- « t'es sur facebook toi ? -
- Facebook répéta John ? […] Je vois très bien ce que c'est [...]...mais c'est pas pour moi ce genre de chose.
- Parce qu'il y a un âge pour avoir des amis ? […] S'offusqua Bénédicte ?
- Amis mon cul, maugréa froidement John. Vertige existentialo-narcissique, oui. Tu sais comme moi que c'est pour baiser qu'on s'inscrit sur Facebook. C'est un Meetic qui dit pas son nom c'est tout. Et puis la culture « regardez comme je suis sociable : j'ai 357 amis », cette indécence à se mettre en scène, à prendre des poses de magazine de mode sur les photos de soi, à tenir au courant le monde entier qu'on vient d'aller pisser, d'étaler des goûts artistiques faussement audacieux, à pointer sur une carte du monde tous les lieux qu'on a visités, toute cette niaise dictature du parfait citadin-citoyen du monde, je suis peut-être vieux jeu mais non merci, quelle comédie. Ma solitude je préfère l'assumer seul […]
Le style de l'auteur est très agréable. L'écriture est précise et les
descriptions nous font baigner dans cette atmosphère qui cache la réalité ou du moins celles que les personnages essaient de ne pas rendre visibles.
Les personnages sont tous très bien décrits et illustrés et certains même sont attachants.
Un roman frais, léger qui dépeint une société et des intrigues familiales, professionnelles, avec un humour incisif. En somme il est une comédie sociale satirique.
Un roman pour l'été rafraichissant mais qui nous interroge et qui peut être
dérangeant même si au premier degré il est sans prétention.
J'avais lu de cet auteur, « J'étais derrière toi », que j'avais beaucoup aimé. Ici « Le roman de
l'été » est très différent mais très intéressant.